
Décarboner la fertilisation : une démarche fondée sur la mesure et les pratiques
La transition écologique impose de nouveaux défis au monde agricole. Pour DuRoure, la décarbonation de la fertilisation n'est pas une simple intention, mais une stratégie opérationnelle structurée. En s'appuyant sur la mesure rigoureuse de son empreinte carbone et l'évolution des pratiques agronomiques, DuRoure s'engage dans une trajectoire de progrès au service d'une agriculture durable et résiliente.
Agriculture et changement climatique : un lien étroit et complexe
Le changement climatique est aujourd’hui largement documenté par la communauté scientifique internationale. La température moyenne mondiale a déjà augmenté d’environ +1,1 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Sans une réduction significative et rapide des émissions de gaz à effet de serre (GES), les projections indiquent que nous pourrions atteindre une hausse de +2 à +3 °C d’ici la fin du siècle.
Un secteur exposé et contributeur
L’agriculture se trouve à la croisée des chemins. Elle figure parmi les secteurs les plus exposés aux effets directs du dérèglement climatique :
- Stress hydriques et sécheresses de plus en plus fréquents.
- Vagues de chaleur extrêmes impactant la physiologie des cultures.
- Aléas météorologiques imprévisibles renforçant la pression sur les rendements.
Dans le même temps, l’agriculture contribue elle aussi aux émissions globales. À l’échelle mondiale, elle représente environ 10 à 12 % des émissions directes de GES. En France, cette part est plus élevée, atteignant près de 19 %, principalement en raison des émissions de protoxyde d’azote et de méthane.
La place centrale de la fertilisation
La fertilisation occupe une place centrale dans cet équilibre fragile. Si elle est indispensable à la croissance des plantes et à la sécurité alimentaire, elle génère des émissions à différents niveaux de son cycle de vie. Le point critique se situe souvent lors de l’utilisation au champ : une partie de l’azote apporté peut se transformer en protoxyde d’azote, un gaz dont le pouvoir de réchauffement est près de 300 fois supérieur à celui du CO2.Ces éléments rappellent une réalité essentielle : le lien entre agriculture, fertilisation et climat est complexe et étroitement lié aux pratiques agronomiques de terrain. Toute démarche crédible repose sur une compréhension fine des mécanismes en jeu.
La fertilisation : indispensable, mais complexe à évaluer
Il est important de rappeler que la fertilisation est un pilier de l’agriculture moderne. Selon les données de la FAO (Food and Agriculture Organization), près de 50 % de la production alimentaire mondiale dépend aujourd’hui des apports fertilisants, en particulier azotés. Sans eux, les surfaces agricoles actuelles ne permettraient pas de nourrir la population mondiale.
Un impact réparti sur toute la chaîne
Cette nécessité s’accompagne toutefois d’enjeux environnementaux que nous devons regarder en face. La fertilisation génère des émissions de gaz à effet de serre à plusieurs étapes clés de la chaîne de valeur, ce qui rend son impact climatique complexe à évaluer globalement :
- En amont (La production) : La fabrication de certains fertilisants, notamment minéraux, est énergivore et génère des émissions de CO2 lors de la synthèse de l'ammoniac.
- Au champ (L'utilisation) : C'est ici que se situe l'enjeu principal. Une partie de l’azote apporté aux sols n'est pas totalement assimilée par les cultures. Elle peut alors se transformer en protoxyde d’azote (N2O), qui représente près de 60 % des émissions anthropiques mondiales de ce gaz.
L'impact réel dépend donc fortement des pratiques mises en œuvre par l'agriculteur, des doses appliquées, du type de produit choisi et du contexte agronomique local.
Pourquoi DuRoure a choisi de mesurer son impact carbone
Chez DuRoure, la décision d'engager une mesure précise de l’empreinte carbone ne répond pas à une obligation réglementaire immédiate. Elle s’inscrit dans une réflexion de fond sur l’évolution de notre métier et sur la responsabilité des acteurs de la filière.
Dépasser les perceptions
Dans un contexte de pression croissante sur le monde agricole, disposer d’une compréhension objective des impacts réels est devenu un préalable indispensable pour agir de manière cohérente. La mesure permet :
- De sortir des généralités pour se baser sur des données factuelles.
- De replacer les enjeux climatiques au cœur du métier, en lien direct avec nos produits.
- De rester ancré dans la réalité des sols et des contraintes économiques des agriculteurs.
Cette démarche constitue avant tout un outil d’aide à la décision, destiné à éclairer nos choix techniques et industriels pour faire évoluer notre offre et nos modes d’accompagnement.
Le Diag Décarbon’action : un cadre structuré pour mesurer et comprendre
Pour mener à bien cette mesure de manière rigoureuse, DuRoure s’est appuyé sur le Diag Décarbon’action, un dispositif d’accompagnement porté par Bpifrance, en partenariat avec l’ADEME.
Une méthodologie fiable
Ce dispositif n’est ni un simple label, ni une certification marketing. Il s’agit d’un véritable outil de diagnostic technique qui permet :
- De mesurer les émissions sur l’ensemble de la chaîne de valeur (Scopes 1, 2 et 3).
- D’identifier les principaux postes d’émissions, de la matière première à l'utilisation finale.
- De garantir la fiabilité des données grâce à l'intervention d'experts externes.
Le diagnostic constitue ainsi un point de départ solide, destiné à structurer la réflexion et à hiérarchiser les enjeux dans une logique de progrès et de temps long.
Ce que la mesure a permis de mieux comprendre
L'analyse des résultats a permis d’objectiver la répartition réelle des émissions liées à l’activité de DuRoure. Elle confirme que l’essentiel des enjeux se situe au cœur même du métier de la fertilisation.
Les intrants : premier poste d’émissions
L'analyse montre que les intrants constituent le principal poste d’émissions de notre bilan. Toutefois, tous ne contribuent pas de la même manière. Certaines chaînes de production industrielle sont plus émissives, tandis que des intrants d’origine organique ou certains amendements spécifiques présentent une contribution plus limitée. Les choix de matières premières et de formulations apparaissent donc comme un levier structurant.
L’utilisation et la fin de vie : un enjeu clé
Le deuxième poste d’émissions concerne directement l’utilisation des produits au champ. Comme nous l'avons vu, la dégradation de certains fertilisants peut conduire à la formation de N2O. Les opérations d’épandage elles-mêmes génèrent également des émissions. Ces résultats confirment que l’impact climatique dépend largement des modalités d’utilisation et de la précision des apports.
Des postes périphériques secondaires
Les autres postes analysés — tels que le transport, les immobilisations, l’énergie des sites ou la mobilité des collaborateurs — représentent une part plus limitée de l’empreinte globale. Bien qu'ils restent à considérer dans une démarche globale, les leviers les plus efficaces pour une décarbonation significative se situent prioritairement au niveau des produits et de leur usage agronomique.
Le plan d’action : transformer la mesure en leviers concrets
À l’issue de cette démarche de diagnostic, DuRoure a structuré un plan d’action complet visant à agir là où l’impact est le plus significatif.
Axe 1 : Éco-conception et efficience
Le premier axe concerne l’éco-conception de nos solutions et la promotion de la "juste dose". L'objectif est de réduire les quantités d’azote apportées lorsque cela est possible, tout en améliorant l’efficience du fertilisant au champ pour que la plante en absorbe le maximum.
Axe 2 : Optimisation de l'outil industriel
En parallèle, DuRoure agit sur l’optimisation de son propre outil industriel. Cela passe par :
- La production d’énergie renouvelable sur nos sites.
- L’amélioration des performances énergétiques de nos équipements.
- L’organisation optimisée des cycles de production.
Axe 4 : Logistique et exemplarité interne
Des actions sont également engagées sur la logistique pour optimiser les flux de transport et privilégier des approvisionnements plus proches. Enfin, la transition passe par un rôle actif au sein de la filière : sensibilisation des collaborateurs, formation des clients aux bonnes pratiques et prise en compte des engagements climatiques de nos partenaires.
Conclusion : de la compréhension des impacts à l’action ciblée
La démarche de mesure engagée par DuRoure a permis de clarifier un point essentiel : l’impact climatique de la fertilisation se joue avant tout au cœur du métier, dans la formulation des intrants et leur utilisation au champ.
Sur cette base, DuRoure fait le choix d’une action ciblée, en priorisant les leviers les plus structurants : éco-conception, efficience agronomique, optimisation industrielle et accompagnement des usages. Cette trajectoire s’inscrit dans le temps long, avec la volonté de rendre compte de nos avancées de manière progressive et transparente. La transition de la fertilisation repose sur la compréhension, la priorisation et la cohérence des actions, au service des agriculteurs, des filières et des territoires.
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